17 juin 1848

« 17 juin 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/26], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12514, page consultée le 27 janvier 2026.

Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour et amour à toi, je t’adore. Je ne peux pas résister à la tentation de te voir un moment. Pour la satisfaire, je quitte tout et bien autre chose. Je plante là le ménage pour courir après vous et je brave courageusement deux heures de séance dans une église, sans parler d’un déluge qui me paraît devoir me tomber sur la bosse tantôt si j’en juge par le ciel d’à présent. Tout cela ne m’arrête pas, au contraire. La seule chose qui m’effraye, c’est de ne pas te voir. C’est mon cauchemara, mon horreur, mon antipathie, ma mort. J’aime mieux tous les maux, tous les ennuis, que le malheur de ne pas te voir. Aussi, il faut voir comme je me dépêche d’abandonner ma maison pour courir après vous. Avec quelle facilité je renonce aux douceurs de la poussière et du déménagement, avec quel enthousiasme je quitte le torchon et le plumeau pour vous suivre à travers les rues de Paris. Je voudrais que l’Assemblée nationale fût à Toulon ou à Versailles ou bien plus loin pour avoir le plaisir d’être avec toi bien plus longtemps. Déjà, j’ai le chagrin de te quitter trop tôt. Ce n’est pas plutôt commencé que c’est fini, c’est ennuyeuxb. Taisez-vous, baisez-moi pour me faire prendre patience, ça vaudra bien mieux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « cauchemard ».

b « ennuieux ».


« 17 juin 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/27 ], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12514, page consultée le 27 janvier 2026.

Je vais donc te voir bientôt, mon petit homme, cette pensée me réjouit le cœur. Je n’ai pas d’autre ambition que celle de te voir, pas d’autre joie que ton sourire, pas d’autre bonheur que ton amour. Toute ma vie consiste à t’aimer et à tâcher d’être aiméea de toi. Le reste m’est absolument égal ou ennuyeuxb, mais tu le sais de reste et mon rabâchage, si doux pour moi, ne peut que t’impatienter horriblement. Cependant, je n’ai rien de mieux à t’offrir à moins que tu ne préfères la description de l’affreux fouillis dans lequel je suis ce matin et des tourbillons de poussière qui me poursuivent de chambre en chambre. Heureusement que je vais m’enfuir tout à l’heure et laisser Suzanne se tirer de là comme elle pourra. Moi je tire ma CRAMPE vers des lieux moins encombrés si non moins empêtrés. Ceci est une flèche que je décoche à l’Assemblée nationale. [Dessinc] Les lois de la perspective n’ont peut-être pas été très observées, mais on y reconnaît ma TOUCHE et mon chic, cela me suffit. Et puis, c’est sans PRÉTENTION. Ce n’est pas comme mon amour, qui a celle d’être partagé à l’exclusion de toutes les autres femelles de Paris et de la banlieue. À preuve que je veux que vous me baisiez instantanément.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « aimé ».

b « ennuieux ».

c Dessin :

Leeds, BC MS 19c Drouet/1848/27 https://explore.library.leeds.ac.uk/special-collections-explore/500367/juliette_drouet_letter_to_victor_hugo

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.

  • FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
  • 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
  • 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
  • 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
  • 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
  • 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
  • 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
  • NovembreElle s’installe cité Rodier.
  • 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.